Wiener Werkstätte

RIX-UENO (Felice)

Fünf Bergsteigerinnen [Cinq alpinistes].

(Vienne, Kunstgewerbeschule, 1915).

Linogravure originale coloriée, (300 x 208 mm), signée au crayon par l’artiste, sous passe-partout.

Belle estampe réalisée pour l’album « Mode Wien » [livraison VIII, planche 9] et tirée à seulement 50 exemplaires.

En 1914-15, encore étudiante, Felice Rix fait partie des vingt-cinq artistes qui collaborent à « Mode Wien », un luxueux portefeuille de 144 estampes de mode publié par Eduard Kosmack sous l’égide de Josef Hoffmann et du département mode de la Wiener Werkstätte, pour affirmer un « style viennois » indépendant de la mode parisienne. Utilisant diverses techniques, la gravure sur bois et sur linoléum, le lavis, la lithographie, les planches sont imprimées sur la presse de l’École des Arts appliqués par les différents artistes, coloriées à la main, la plupart dans un style très avant-gardiste bien éloigné du celui du Journal des Dames et des Modes publié à Paris. Felice grave six remarquables estampes pour cet album tiré à seulement 50 exemplaires. Dans le même esprit, elle participe, en 1916, à l’album « Das Leben einer Dame ».

Le choix de la technique de la linogravure est révélateur de l’esprit des artistes qui participent à « Mode Wien » et témoigne de leur « radicalité », il s’agit en effet d’une technique neuve, pour la première fois utilisée en Allemagne par les artistes de « Die Brücke » après 1905 et qui avait été réservée jusqu’alors à l’impression de papiers-peints. Son emploi confère aux estampes un caractère « authentique », primitif, quasi expressionniste.

L’artiste viennoise Felice « Lizzi » Rix (1893-1967) étudie à la Kunstgewerbeschule (École des Arts appliqués) de 1913 à 1917, où elle a pour professeurs les architectes et designers Oskar Strnad (1879-1935) et Josef Hoffmann (1870-1956). Elle y est également en contact avec le jeune Oskar Kokoschka (1886-1980). Elle intègre ensuite, à 24 ans, l’aventure des ateliers de la Wiener Werkstätte où son talent s’épanouit dans le domaine du papier-peint, de la céramique, du cloisonné, et surtout du textile. Avec Maria Likarz, Mathilde Flögl et d’autres, elle dessine de magnifiques tissus. Elle travaille également pour le département mode des ateliers. Elle participe à plusieurs expositions et remporte un prix à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de Paris en 1925. Par l’intermédiaire de la Wiener Werkstätte, Felice Rix fait la connaissance de l’architecte japonais Isaburo Ueno (1892-1972, un des membres fondateurs de l’International Architecture Society of Japan) venu travailler en Europe, à Berlin et à Vienne (sous la direction de Josef Hoffmann). Ils se marient en 1925 et s’installent au Japon peu après. Felice continue de créer des tissus pour la Wiener Werkstätte jusqu’en 1930. Entre 1935 et 1944, elle réalise des travaux de décoration, parallèlement à son activité de conseillère à la Kyoto Experimental Textile Station. Après la guerre, elle devient professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Kyoto (aujourd’hui Kyoto City University of Arts), avec un intérêt marqué pour les techniques d’impression, poste qu’elle quitte en 1963 pour fonder avec Isaburo une école privée (International Design School, aujourd’hui Kyoto Interactive School of Art). Les créations de Felice Rix sont présentes dans plusieurs musées européens et américains. Le couple a été une des chevilles ouvrières de l’introduction du modernisme au Japon et du développement de l’art moderne dans ce pays. Depuis 2006, une grande partie de son œuvre est conservée au Musée national d’Art moderne de Kyoto où elle témoigne merveilleusement de la fusion des sensibilités entre Occident et Orient, entre Vienne et Kyoto.

Belle épreuve.

Ref. Gabriele Fahr-Becker, Wiener Werkstätte, (2003), p. 229 / Akiko Fukai, Fashion. The Collection of the Kyoto Costume Institute: A history from the 18th to the 20th century, (2002), p. 719 / Ilse Korotin, BiografiA, Lexikon österreichischer Frauen, (2016), III, p. 2722 / Elisabeth Rücker, Wiener Charme, (1984), pp. 29-36, pp. 11 (reproduction en couleurs) & 50 / Werner J. Schweiger, Wiener Werkstätte, art et artisanat, 1903-1932, (1986), p. 267 / Christoph Thun-Hohenstein et al., Die Frauen der Wiener Werkstätte, Women Artists of the Wiener Werkstätte, (2021), pp. 256-257 / The Isaburo & Felice « Lizzi » Ueno-Rix Collection, National Museum of Modern Art, Kyoto, Japan