Max Elskamp

Henry VAN DE VELDEHenry van de Velde entretient ses Collègues de l'Académie libre Edmond Picard de la formation poétique de Max Elskamp et d'une amitié de plus de 50 ans. 15 juin 1933.

(Bruxelles, Presses de l'Isad, 1934).

In-8 carré, broché couverture brune d’édition en papier fort à bandes horizontales. 3 feuillets blancs, 46pp., 2 feuillets blancs. Impression dans la belle police de caractères Futura de Paul Renner (introduite en Belgique par van de Velde).  Impression sur papier vélin fort. Vignette tirée en bistre sur la page de titre (portrait d’Eslkamp à la fenêtre paru dans Les six chansons). Complet.

Edition originale, non mise dans le commerce, tirée à seulement [40] exemplaires.

Elégant volume imprimé à la main sur la presse privée de l’Ecole de La Cambre à Bruxelles, fondée par Henry van de Velde en 1927.

Lorsque Henry van de Velde (1863-1957) crée l’école de La Cambre, à l’époque Institut supérieur des Arts décoratifs, il a déjà plus de 60 ans. Sa carrière internationale d’artiste décorateur et d’architecte ne lui a pas permis jusque-là de réaliser le « laboratoire » pédagogique dont il rêve depuis son arrivée à Weimar en 1902 et la création en 1908 de l’Ecole des Arts décoratifs du grand duché de Saxe-Weimar: un institut modeste et éphémère – van de Velde est contraint à la fermeture en 1915 – qui préfigure cependant le premier Bauhaus fondé par Gropius en 1919. Déjà en 1912, alors qu’il est encore en Allemagne, van de Velde entreprend un certain nombre de démarches pour créer à Bruxelles un institut comparable à celui de Weimar. Quatorze ans plus tard, le ministre des Sciences et des Arts Camille Huysmans donne jour à ce projet, en novembre 1926, malgré la résistance et l’opposition violente du monde des Académies. L’école est installée dans le site exceptionnel de l’abbaye cistercienne de La Cambre. Van de Velde réunit pour la première fois le corps professoral de l’école en mai 1927 : les professeurs, tous issus de l’avant-garde belge, sont désignés pour trois ans. L’école compte quatre-vingts étudiants à la rentrée de septembre. Elle sort ses premiers diplômés en théorie et pratique du théâtre, dessin technique, ornementation appliquée aux métiers et industries d’art et arts du tissu en 1929, ses premiers architectes en 1930. La production de La Cambre est montrée au grand jour en 1931 lors de la première exposition des travaux d’étudiants organisée au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Van de Velde quitte la direction de La Cambre en 1936.

Précieux exemplaire portant sur la page de titre un envoi autographe signé à la mine de plomb de Thylberte « Thylla » van de Velde (1904-1955), fille d’Henry van de Velde et Maria Sèthe, et de son second époux Robert « Bob » Anthony Kröller (1897-1954): « A notre meilleure amie, Thylla et Bob Kröller-van de Velde ».

Beau texte d’Henry van de Velde sur son ami, le folkloriste et écrivain anversois Max Elskamp (1862-1931).

D’une double ascendance, à la fois wallonne et flamande, Max Elskamp est issu d’une riche famille anversoise. A l’Athénée royal de la ville, qu’il fréquente tardivement, il fait la connaissance d’Henry van de Velde. C’est le prélude à une amitié qui durera jusqu’à la mort du poète et qui influencera certaines de ses conceptions esthétiques. Après bien des angoisses, il finit par réussir des études de droit entamées à Bruxelles en 1880. Un bref séjour à Paris le ramène à Anvers à la fin de 1884. Son premier recueil, encore parnassien, L’Eventail japonais (1886), connaît une édition confidentielle, de même que Le Stylite, un récit élégiaque en prose, non dépourvu d’influences mallarméennes (1891). Avec Henry van de Velde, il entreprend une action en faveur des beaux-arts qui aboutit à la création de deux associations, L’Art indépendant (1886) et L’Association pour l’art (1892), tournées vers la peinture moderne. On est loin, dans ces années de jeunesse, de l’image traditionnelle d’un Elskamp vivant en reclus dans son hôtel du boulevard Léopold. A la même époque, il traverse une crise psychologique grave dont il sort transformé. Acquis désormais à une conception mystique de l’art et à la recherche d’un langage propre, il rompt avec son milieu bourgeois. La mutation est évidente dans Dominical (1892), qui entraîne les foudres de La Jeune Belgique, peu sensible aux recherches novatrices d’Elskamp. Ce recueil inaugure une première période de la carrière littéraire du poète où, de 1892 à 1898, s’enchaînent Salutations, dont d’angéliques (1893), En symbole vers l’apostolat (1895) et Six Chansons de pauvre homme pour célébrer la semaine de Flandre (1895), illustré de bois gravés de l’auteur. Le Mercure de France rassemble, en 1898, les œuvres précédentes sous le titre La Louange de la vie et assure, pour la première fois, une large diffusion de la poésie elskampienne. Accueilli favorablement par la critique, ce premier cycle scelle sa réputation d’imagier d’une Flandre heureuse, dont il décrit, en réaliste, les petites gens et la piété naïve. L’image dominante de la ville, un thème central de son œuvre devient la métaphore obsédante à laquelle il s’identifie et, selon Christian Berg, la syntaxe virtuelle de l’œuvre à faire, puisqu’elle opère, elle aussi, par raccourcis. Durant un long silence d’une vingtaine d’années, Elskamp se consacre à des activités de folkloriste, s’intéressant aux traditions et aux objets de l’art populaire: il lèguera ses collections, en 1907, à la ville d’Anvers. Cette même période est marquée par la confirmation de sa foi bouddhique et par les débuts de son amitié avec Jean de Boschère, avec qui il entretiendra une longue correspondance. Après l’épreuve de l’exil hollandais, pendant la guerre, les recueils se succèdent à nouveau : ce sont, en 1921, Sous les tentes de l’exode, en 1922, Chansons désabusées et La Chanson de la rue Saint-Paul. Suivent : Les Sept Notre-Dame des plus beaux métiers, Les Délectations moroses, Chansons d’amures et Maya. En 1924, paraissent encore Remembrances et Aegri somnia (arllfb.be).

Tirage non justifié. Selon les recherches de Pascal de Sadeleer, il ne dépassa pas quarante exemplaires comme l’atteste une note manuscrite dans l’exemplaire conservé à la KBR. Cette édition est « à ce point rare que dans la Biographie Nationale, t.33, supplément, t. 5, fasc. 1, 1965, Henri Lavachery donnant en note une petite bibliographie, signale la causerie en juillet 33 et ajoute: Fut-elle jamais publiée (p.290) ».

Bel exemplaire.

Réf. Pascal de Sadeleer, Max Elskamp, Poète et graveur. Catalogue raisonné d’un ensemble exceptionnel de son oeuvre littéraire et graphique, 1985, 94

Prix: 950,00 euros

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